Passages piétons surélevés, ralentisseurs, trottoirs protégés : à Kayole, à Nairobi, les abords de l’école primaire Mwangaza ont été réaménagés pour protéger les enfants sur le chemin de l’école. Inaugurée le 7 octobre 2026, cette zone scolaire sécurisée est le fruit du travail d’Amend et de son partenaire kényan ASIRT Kenya (Association for Safe International Road Travel Kenya), aux côtés de l’Autorité des routes urbaines du Kenya (KURA) et de l’Autorité nationale des transports et de la sécurité routière (NTSA). Elle a été financée par l’Initiative de Bloomberg Philanthropies pour la sécurité routière mondiale.
L’objectif : séparer les enfants de la circulation et faire passer la vitesse sous la barre des 30 km/h partout où piétons et véhicules se croisent. Les 2 712 élèves de l’école en sont les premiers bénéficiaires, mais parents, riverains et passants en profitent eux aussi au quotidien.
Pourquoi l’école Mwangaza ?
À Mwangaza, la plupart des enfants viennent à l’école à pied. Et le danger est bien réel : en 2025, un élève de CM1 a été tué dans un accident de la route à proximité de l’école, et plusieurs autres ont été blessés depuis. Classé parmi les sites les plus à risque, l’établissement a été choisi pour accueillir l’un des projets de démonstration d’Amend au Kenya.
Ce drame n’a rien d’un cas isolé. D’après les chiffres de la NTSA publiés par The Standard, 4 458 personnes sont mortes sur les routes kényanes en 2025. Les piétons sont les premières victimes, avec 1 685 décès. Et entre janvier et octobre 2025, c’est à Nairobi que les routes ont été les plus meurtrières du pays.
À l’échelle mondiale, les accidents de la route sont aujourd’hui la première cause de décès chez les 5-29 ans. Chaque année, près de 220 000 enfants et adolescents y perdent la vie, soit plus de 600 par jour, selon l’UNICEF. L’Afrique est la plus durement touchée : en Afrique subsaharienne, un enfant a en moyenne plus de neuf fois plus de risques de mourir sur la route qu’en Europe ou en Asie centrale.
Or la vitesse fait toute la différence. Percuté à 30 km/h, un piéton a environ 10 % de risques d’être tué ; à 50 km/h, ce risque dépasse 80 %. D’où l’objectif fixé à Mwangaza : ramener la vitesse sous les 30 km/h partout où les enfants traversent.
Une méthode qui a fait ses preuves
Les aménagements de Mwangaza s’appuient sur SARSAI (School Area Road Safety Assessments and Improvements), la méthode développée par Amend pour sécuriser les abords des écoles. Récompensée en 2019 par le WRI Ross Prize for Cities, elle a aussi été évaluée dans la revue scientifique Injury Prevention : dans les écoles de Dar es Salaam (Tanzanie) où elle a été appliquée, les blessures d’enfants liées à la circulation ont reculé de 26 %.
Tout commence par un diagnostic sur le terrain. À Mwangaza, l’équipe a repéré les trajets des élèves et les endroits où ils traversent, mesuré la vitesse des véhicules et interrogé enseignants, parents et élèves. De ces observations est né un ensemble de mesures simples, peu coûteuses et éprouvées, guidé par deux principes : éloigner les enfants de la circulation et, là où c’est impossible, faire ralentir les véhicules sous les 30 km/h.

Ce qui a changé aux abords de l’école
- Passages piétons : deux passages surélevés et quatre passages piétons classiques aux endroits les plus fréquentés, pour obliger les véhicules à ralentir et offrir aux enfants un endroit sûr et bien visible pour traverser.
- Ralentisseurs : huit dos-d’âne sur les rues qui mènent à l’école, pour maintenir les véhicules à une vitesse sûre.
- Trottoirs : 300 mètres de trottoirs de 2 mètres de large, pour que les enfants n’aient plus à marcher sur la route.
- Passages au-dessus des caniveaux : en deux points clés, des dalles en béton équipées de rambardes permettent de franchir les caniveaux et de rejoindre les trottoirs sans danger.
- Panneaux : quinze panneaux, dont des panneaux « zone scolaire » et de limitation à 30 km/h.
- Marquage au sol : bords et axe de la chaussée, passages piétons et zones scolaires sont désormais clairement signalés au sol.

Un modèle pour tout le Kenya
Conçue avec la KURA et la NTSA, la zone de Mwangaza fait partie des sites de démonstration d’Amend au Kenya : un exemple grandeur nature, dont les partenaires peuvent s’inspirer pour équiper d’autres écoles du pays.
L’inauguration du 7 octobre a donc réuni sur place ceux qui empruntent ces routes et ceux qui les conçoivent. Une fois le ruban coupé par l’ingénieur Wilson Tikwa, de la KURA, des représentants de la NTSA, de l’Autorité des routes nationales du Kenya (KeNHA), du comté de Nairobi et du ministère de l’Éducation ont parcouru les nouveaux aménagements avec les élèves, les parents et les enseignants, en suivant le chemin que prennent désormais les enfants pour venir à l’école.
« Chaque enfant mérite de pouvoir aller à l’école et en revenir en toute sécurité », a rappelé Wilson Tikwa. Pour lui, Mwangaza montre ce qui devient possible quand on place les enfants au cœur de l’aménagement des rues. Et des abords d’écoles plus sûrs, a-t-il souligné, c’est tout un quartier plus sûr.
Pour Amend, l’enjeu est désormais de faire de Mwangaza la règle plutôt que l’exception. Un message que porte aussi le Dr Alex Guerrero, membre du conseil d’administration d’Amend :
En tant que chirurgien traumatologue, j’ai opéré bien trop d’enfants blessés sur nos routes, et l’Afrique détient les taux de traumatismes routiers les plus élevés au monde. Protéger les enfants, usagers les plus vulnérables de la route, suppose de changer résolument notre façon de concevoir nos rues. Les zones scolaires sécurisées ne peuvent plus être un luxe ou une réflexion après coup : elles doivent devenir la norme pour toutes les écoles, au Kenya comme partout en Afrique.