Safe Schools Africa : Bâtir un monde où chaque enfant est en sécurité

Safe Schools Africa – École primaire Sinza Maalum n° 152

Les accidents de la route constituent la première cause de décès chez les enfants et les jeunes à travers l’Afrique. Le programme Safe Schools Africa – mis en œuvre par Amend avec le soutien de la Fondation FIA, de l’AFD, de la Fondation TYPSA et d’autres organismes – est le seul programme éprouvé qui intègre systématiquement la sécurité des enfants piétons dans les projets routiers du continent.

Une crise silencieuse

Chaque année, plus de 225 000 personnes décèdent suite à des accidents de la route en Afrique. Le continent concentre près de 20 % des décès routiers mondiaux, alors qu’il ne représente que 15 % de la population mondiale et 3 % du parc automobile. Et avec l’urbanisation et la motorisation qui s’accélèrent dans la région, la tendance va dans le mauvais sens : entre 2010 et 2021, le nombre de morts sur les routes a augmenté de 17 %.

Les enfants sont au cœur de cette crise. Les accidents de la route constituent la première cause de décès dans le monde chez les enfants et les jeunes âgés de 5 à 29 ans. Des millions d’enfants à travers l’Afrique n’ont d’autre choix que d’aller à l’école à pied, sur des routes dangereuses, sans trottoirs ni passages piétons sécurisés. Aucun dispositif ne ralentit les véhicules, qui passent parfois à quelques mètres d’eux.

L’histoire de Musa Hussein illustre bien cette réalité. À l’âge de cinq ans, il a été renversé par un camion en se rendant à l’école, à Dar es Salaam, en Tanzanie. Sa jambe a été amputée sous le genou. Sa famille a dépensé plus de 1 000 dollars américains pour son traitement, soit près d’un an de revenus, en comptant sur l’aide de proches et de la communauté. Musa a manqué deux années d’école et continue de subir les séquelles psychologiques de cet accident. Aujourd’hui âgé de 14 ans, il emprunte toujours cette même route très fréquentée pour aller à l’école, sans trottoirs ni ralentisseurs. Parfois, lorsqu’un gros camion passe, il se jette dans le fossé au bord de la route.

Photo d'un jeune victime d'un accident de la route après son amputation
Musa Hussein après son amputation

L’histoire de Musa n’est pas un cas isolé. C’est la réalité quotidienne de millions d’enfants à travers le continent. Et elle pourrait être évitée.

Pourquoi continue-t-on à construire des routes dangereuses ?

Les routes constituent un pilier du développement. L’OCDE estime que l’amélioration des infrastructures, en particulier des routes, peut faire progresser le PIB d’un pays africain de 4 % à 6 %. Les routes sont très prisées, constituent un atout politique majeur et répondent à un besoin urgent. Le problème ne réside pas dans un manque de volonté. Aucun gouvernement ni aucune banque de développement ne cherche à construire des infrastructures qui mettent les enfants en danger. Le défi, c’est que les systèmes actuels permettent encore à des projets à risque de devenir des routes construites.

Deux problèmes structurels sont à l’origine de cette situation :

  • Le premier est le manque de capacités. Dans de nombreux pays africains, la formation des ingénieurs et les manuels de conception se sont historiquement concentrés sur la circulation des véhicules, laissant peu ou pas de place à la conception pour les piétons et les autres usagers vulnérables de la route. Et même lorsque les ingénieurs sont conscients de ces risques, beaucoup sont débordés, confrontés à des contraintes complexes de foncier et de budget qui limitent leur capacité à répondre à des besoins spécifiques comme la sécurité scolaire.
  • Le deuxième est un conflit de priorités. La logique politique et économique des projets routiers pousse sans relâche à la rapidité. Même lorsque les exigences en matière de sécurité routière sont inscrites dans les contrats de prêt ou les cahiers des charges des entrepreneurs, rien ne garantit qu’elles seront respectées – à moins qu’une attention spécifique et soutenue ne soit accordée à la sécurité des enfants piétons. Dans la pratique, les dispositifs de sécurité sont souvent abandonnés lorsque les délais se resserrent ou que les budgets sont sous pression.

La solution : Safe Schools Africa

Safe Schools Africa est un programme ciblé et évolutif qui s’attaque à ce problème à la source. Mis en œuvre par Amend, une association à but non lucratif spécialisée dans la sécurité routière et forte de plus de 20 ans d’expérience à travers l’Afrique, ce programme travaille directement avec les gouvernements et les banques de développement. Ensemble, ils intègrent la sécurité des enfants piétons dans les projets routiers qui transforment les infrastructures du continent. Ce modèle comporte deux volets principaux :

  • Assistance technique pour des infrastructures scolaires sûres. Les ingénieurs et experts sociaux de Safe Schools Africa travaillent directement avec les équipes chargées de la mise en œuvre des grands projets routiers, notamment les agences routières gouvernementales, les bureaux d’ingénierie et le personnel des banques de développement. Leur accompagnement couvre l’ensemble du cycle de projet, de la planification et de la conception initiales jusqu’à la construction et le suivi. Grâce à une approche complète en 11 étapes, l’équipe intervient le plus tôt possible, lorsque les recommandations en matière de sécurité ont le plus de chances d’influencer la conception finale des routes.
Graphique présentant les différentes étapes de l'accompagnement de Safe Schools Africa dans le cadre de projets routiers
Étapes de l’accompagnement de Safe Schools Africa dans les projets routiers
  • Mise en place de zones scolaires sécurisées. Safe Schools Africa met également directement en place des « zones scolaires sécurisées » autour des établissements à haut risque, en s’appuyant sur la méthodologie SARSAI (Évaluation et amélioration de la sécurité routière aux abords des écoles) primée d’Amend. Ce processus comprend l’identification des écoles où les enfants sont les plus exposés aux risques, le dialogue avec les gouvernements et les communautés, la conception d’infrastructures sûres, l’obtention de l’approbation des autorités et le suivi des travaux de construction. Une « zone scolaire sécurisée » achevée comprend généralement des trottoirs, des passages piétons surélevés, des ralentisseurs, des bornes, une signalisation de zone scolaire et une limitation de vitesse à 30 km/h.
Graphique détaillant les étapes de la méthodologie SARSAI (Évaluation et amélioration de la sécurité routière aux abords des établissements scolaires)
La méthodologie SARSAI, mise en œuvre dans le cadre de Safe Schools Africa

Les données à l’appui de ces interventions sont sans équivoque. À 30 km/h, une collision entre un véhicule et un piéton présente environ 10 % de risque d’être mortelle. À 50 km/h, ce chiffre dépasse 80 %. Les infrastructures nécessaires pour réduire ce risque sont bien connues : séparer les enfants de la circulation lorsque c’est possible, ralentir les véhicules là où l’interaction est inévitable, et créer des passages sûrs. La difficulté réside dans le fait de veiller à ce que ces mesures ne soient pas perdues de vue lors de la conception et de la réalisation des grands projets routiers.

C’est précisément la mission de Safe Schools Africa : traduire des principes de sécurité éprouvés en infrastructures qui protègent concrètement les enfants.

Résultats à l’échelle du continent

À ce jour, Safe Schools Africa a mis en place des infrastructures piétonnes sécurisées aux abords de centaines d’écoles dans 14 pays, au bénéfice de centaines de milliers d’écoliers et de millions de membres des communautés locales. Grâce à l’aide apportée par ce programme, plus de 7,5 millions de dollars américains ont été engagés depuis 2022 en faveur d’infrastructures scolaires sécurisées, et plus de 19 millions de dollars américains sont prévus pour de futurs engagements.

Ces résultats sont déjà visibles dans les projets routiers et au sein des communautés scolaires à travers le continent.

Étude de cas : la conception centrée sur les usagers en Tanzanie

Safe Schools Africa s’est associé au projet « Roads to Inclusion and Socioeconomic Opportunities » (RISE) de la Banque mondiale, intervenant dès la toute première phase de préparation afin d’élaborer et d’intégrer une méthodologie de « conception centrée sur les usagers » à toutes les étapes de la mise en œuvre. Cette approche, qui repose sur une évaluation détaillée des trajets réels des enfants et des risques auxquels ils sont exposés, ainsi que sur une consultation directe des communautés, est devenue une caractéristique majeure de l’un des programmes routiers ruraux les plus importants du continent.

Étude de cas : des recommandations fondées sur les données au Mozambique

L’implication de Safe Schools Africa dans le projet « Mobilité urbaine de l’agglomération de Maputo » (MOVE) a donné lieu à des évaluations approfondies de la sécurité routière le long de trois axes de liaison empruntés par les élèves de 15 écoles locales. À l’aide de drones et de logiciels spécialisés, l’équipe a formulé des recommandations précises concernant les passages piétons sécurisés et les zones scolaires, qui ont été intégrées avec succès et financées dans le cadre du budget principal du projet.

Photo d'une route réaménagée dans le cadre du projet de mobilité urbaine de l'agglomération de Maputo
L’une des routes améliorées grâce au projet MOVE

Selon Maria de Fatima S. R. Arthur, coordinatrice de l’unité de mise en œuvre du projet MOVE – Mozambique :

L’équipe de mise en œuvre de Safe Schools Africa a réalisé une excellente analyse des besoins et a fait preuve de solides connaissances techniques en matière de sécurité. Nous adaptons actuellement nos projets afin d’y intégrer les recommandations de Safe Schools Africa.

Étude de cas : les zones scolaires sécurisées en Côte d’Ivoire

Safe Schools Africa a mis en place des projets de démonstration à Bouaké, avec des effets immédiats et mesurables. Avant l’intervention d’Amend, cinq élèves d’une même école avaient été blessés dans des accidents de la route en une seule année. Après l’installation d’une « zone scolaire sécurisée » comprenant des ralentisseurs, un passage piéton surélevé, des trottoirs protégés et des bornes, la vitesse des véhicules est passée sous les 30 km/h.

Le succès de ces projets de démonstration a permis de déclencher un investissement de 3,84 millions d’euros sur cinq ans de la part de l’Agence Française de Développement (AFD) et de l’Union européenne, dans le cadre du programme de mobilité urbaine de Bouaké, doté d’un budget global de 55 millions d’euros. Safe Schools Africa travaille désormais à la création de zones scolaires sécurisées autour de plus de 50 écoles, au bénéfice de plus de 30 000 élèves de la ville.

Perspectives

Partout en Afrique, des routes sont financées et construites à un rythme soutenu. À tout moment, des centaines de grands projets routiers sont en cours sur l’ensemble du continent. Si ces routes ne sont pas conçues en tenant compte des enfants et des autres usagers vulnérables, elles risquent de créer des dangers évitables qui perdureront pendant des décennies.

La demande d’assistance auprès de Safe Schools Africa dépasse constamment les capacités actuelles du programme. Des gouvernements et des agences routières à travers le continent sollicitent un soutien qui ne peut pas encore être pleinement assuré. Il existe une réelle opportunité de déployer, à grande échelle, des interventions éprouvées et rentables, alors que de nombreux projets routiers sont encore en phase de planification ou de réalisation.

L’ambition de Safe Schools Africa est claire : un avenir où tous les enfants d’Afrique pourront se rendre à l’école et en revenir en toute sécurité, et où une conception sûre pour tous les usagers de la route devienne la norme. Ce programme transforme en profondeur la manière dont l’Afrique construit son avenir, en intégrant des principes qui sauvent des vies dans les projets routiers, pour protéger ce que le continent a de plus précieux : ses enfants.

Pour en savoir plus sur la méthodologie du programme, ses résultats et des exemples de projets, consultez le prospectus Safe Schools Africa.

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