Les accidents de la route figurent parmi les principales causes de mortalité chez les enfants en Afrique. Les solutions techniques pour les prévenir existent. Le défi consiste à les intégrer dans les projets routiers dès le départ – avant que les conceptions ne soient finalisées, les contrats signés, et les opportunités perdues.
Pour relever ce défi, Amend et la FIA Foundation ont organisé un atelier technique de deux jours à Lusaka, en Zambie : La route vers des écoles plus sûres – Stratégies pratiques pour la sécurité des zones scolaires. Réunissant 20 ingénieurs, urbanistes et praticiens de la sécurité routière d’Afrique subsaharienne, l’événement a privilégié la résolution de problèmes concrets, les observations de terrain et les échanges entre pairs – avec un objectif commun clair : des outils pratiques et des solutions d’ingénierie que les participants pourraient directement appliquer dans leurs projets.
Ancrer le travail dans la réalité humaine
L’atelier s’est ouvert par les allocutions d’Ayikai Poswayo, directrice du programme « Safe Schools Africa » chez Amend, et de l’ingénieur Stephen Malubila, chef de projet chargé du projet d’amélioration de la connectivité rurale au sein de l’Agence de développement routier de Zambie. Atsani Ariobowo, directeur de la santé des enfants et des jeunes à la FIA Foundation, a ensuite planté le décor en présentant un aperçu mondial des accidents de la route chez les enfants.
Ensemble, les intervenants ont défini une mission claire : les projets routiers doivent protéger activement les usagers vulnérables de la route, en plaçant les enfants au cœur de la conception des infrastructures.
Avant d’aborder les aspects techniques, les participants ont réfléchi à leurs propres contextes nationaux lors d’un exercice interactif – mettant en lumière ce que les praticiens de la région vivent souvent chacun de leur côté. Un court métrage a présenté les témoignages de victimes d’accidents de la route issues de cinq pays, avant de s’achever par le récit d’un médecin urgentiste. La réaction dans la salle a été immédiate. Cela a donné le ton à la suite des débats : la prise de conscience que les décisions techniques et budgétaires qui façonnent les projets routiers ont des conséquences profondes et directes sur la vie des enfants — et qu’il est à la fois nécessaire et possible de trouver des moyens de donner la priorité à la sécurité des enfants dans le cadre de ces contraintes concrètes.
Apprendre sur le terrain : études de cas et visites sur site
Échanges intercontinentaux
L’équipe d’Amend a animé un échange de connaissances s’appuyant sur l’expérience de terrain acquise en Zambie, en Tanzanie, au Ghana, en Côte d’Ivoire et au Mozambique. Les discussions ont mis en évidence des défis que les professionnels de tout le continent partagent systématiquement :
- Les « lignes de désir » des piétons: les enfants empruntent rarement les voies piétonnes aménagées lorsqu’il existe des itinéraires informels plus rapides ou plus directs – une réalité dont la conception doit tenir compte, plutôt que de chercher à la contrarier.
- Gestion de la vitesse: les mesures efficaces varient considérablement selon le type de route, et une mesure adaptée à une route nationale peut s’avérer totalement inadaptée sur une route secondaire rurale.
- Les contraintes liées aux projets: la limitation des budgets, les charges d’entretien à long terme et l’adhésion des parties prenantes restent des obstacles persistants dans chacun des pays représentés.
Place au terrain
Dans l’après-midi, les participants ont quitté la salle de réunion pour poursuivre l’atelier dans les rues de Lusaka. Le groupe s’est rendu dans deux établissements scolaires : l’école primaire de Ngwelele, où des mesures visant à sécuriser la zone scolaire s’imposent de toute urgence, et les écoles primaire et secondaire de Northmead, où certaines mesures de sécurisation de la zone scolaire sont déjà en place.
L’analyse du fonctionnement des infrastructures en temps réel – en observant comment les enfants se déplacent concrètement, où ils traversent et où les dangers apparaissent – a fourni aux participants les éléments de base dont ils allaient se servir lors de la deuxième journée.


Conception sous pression
La deuxième journée a permis de transformer les observations de terrain en solutions techniques. Répartis en équipes, les participants se sont lancés dans un exercice intitulé « Conception sous pression »: élaborer un plan complet de « zone scolaire sécurisée » pour l’école primaire de Ngwelele, à partir des données recueillies la veille.
Le cahier des charges de chaque équipe s’articulait autour de quatre niveaux de conception essentiels :
- Points d’accès aux zones scolaires: identification de limites d’entrée et de sortie bien distinctes depuis les deux axes routiers.
- Gestion de la vitesse: définition des limitations de vitesse en zone scolaire, ainsi que des dimensions, espacements et nombre de dispositifs d’apaisement de la circulation.
- Aménagements piétonniers: désignation de points de traversée sécurisés et définition de réseaux de chemins piétonniers – largeurs, types de revêtement et aménagements des bordures – adaptés aux déplacements réels des élèves.
- Signalisation et marquage: harmonisation de l’ensemble de la signalisation réglementaire et du marquage routier, ainsi que l’implantation optimale des portails d’école.
L’exercice a mis l’accent non seulement sur ce qu’il faut construire, mais sur la raison pour laquelle chaque élément contribue à la sécurité des enfants – et sur la manière d’en défendre l’intégration dans les contraintes réelles des projets.

Les équipes ont ensuite transposé leurs conceptions à trois environnements routiers contrastés – une route nationale à fort trafic, une route rurale non revêtue avec une circulation dense de motos, et une voie urbaine à chaussées séparées – illustrant concrètement comment les solutions doivent s’adapter au contexte.
Points clés à retenir pour les autorités routières et les professionnels
Ces deux journées ont donné lieu à des débats techniques approfondis. Quatre thèmes se sont particulièrement imposés.
1. Le défi des motos et des tricycles
Les participants ont mis en évidence un danger croissant : les motos et les tricycles empiètent de plus en plus sur les infrastructures piétonnes, notamment les chemins d’accès aux écoles. Le groupe a évoqué la nécessité de combiner mesures coercitives et réponses d’ingénierie physique – notamment des barrières anti-motos sur les trottoirs – comme composante indispensable d’une conception globale des zones scolaires dans de nombreux contextes africains.
2. Une conception adaptée au contexte est indispensable
Il n’existe pas de modèle universel pour une zone scolaire sécurisée. Les mesures d’aménagement doivent être adaptées à la classification de la route :
- Routes principales: les vitesses élevées exigent une déviation verticale importante et une séparation physique totale des piétons.
- Routes rurales non revêtues: la priorité est donnée aux matériaux durables et nécessitant peu d’entretien, ainsi qu’à une signalisation à haute visibilité.
- Sur les voies à double sens en milieu urbain: les îlots de sécurité pour piétons, les passages piétons surélevés et les marquages de signalisation préventive deviennent indispensables.
3. La sécurité doit être prise en compte dès le début
Cet atelier a confirmé un constat qui est au cœur du travail de Safe Schools Africa : la planification de la sécurité routière intervient systématiquement trop tard dans le cycle de vie des projets. Une fois que la conception détaillée est en cours, il devient plus difficile d’apporter des améliorations significatives sans modifications contractuelles ou financement supplémentaire.
Les participants ont identifié des mécanismes concrets pour remédier à cette situation :
- Cartographie des risques scolaires au cours des premières étapes d’étude de faisabilité
- Postes budgétaires spécifiques consacrés à la sécurité des enfants dans les documents d’évaluation des projets
- « Menus de devis quantitatifs » standard pour les infrastructures des zones scolaires
- Des manuels relatifs aux zones scolaires sécurisées, adaptés au contexte local, sont exigés dans le cadre des contrats de projets routiers
4. Concevoir en tenant compte de l’erreur humaine, et non d’un comportement parfait
L’atelier s’est conclu sur un principe fondamental de l’ingénierie moderne de la sécurité routière : les infrastructures doivent être tolérantes. Les autorités routières ne peuvent pas concevoir des aménagements en partant du principe d’un comportement idéal, puis rejeter la faute sur les enfants lorsque des erreurs se produisent. Les aménagements doivent être conçus de sorte qu’une inattention passagère – un enfant distrait, une traversée mal appréciée – ne coûte pas la vie.
Prochaines étapes pour Safe Schools Africa
L’atelier s’est conclu sur un engagement commun des praticiens participants : intégrer ces gabarits de conception et ces étapes de passation de marchés directement dans leurs prochains projets routiers nationaux.
Les données et les retours d’expérience recueillis au cours de ces deux jours contribueront également à renforcer directement la méthodologie « Safe Schools Africa » mise en œuvre par Amend. En perfectionnant ces outils et en encourageant les agences routières à mettre à jour leurs manuels de conception, le réseau ancre la sécurité des enfants comme une exigence fondamentale de la conception routière en Afrique.